Cher(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades,

Je voudrais d’abord vous remercier pour votre engagement dans la campagne présidentielle, puis dans la campagne des législatives, qui a traduit votre sens de l’intérêt général de la gauche lorsqu’elle est dans la confrontation avec la droite. Quelle que soit par ailleurs votre appréciation sur la conduite de ces campagnes, et nous avons gardé notre pleine indépendance de jugement, contrairement à d’autres vous n’avez pas ménagé votre peine et vous ne vous êtes pas trompés d’adversaires. Je voudrais féliciter nos députés reconduits : Jacques Bascou, Michel Françaix, Geneviève Gaillard, Jean Gaubert et Pascal Terrasse. Les nouveaux élus : Jean-Patrick Gille, Hervé Feron, Patrick Lebreton, Gilbert Mathon, Olivier Dussops et Michel Vauzelle. Je voudrais dire un mot particulier d’amitié à Jean-Pierre Blazy, qui a mené un beau combat, et à Fawaz Karimet, victime d’une dissidence aux relents nauséabonds, ainsi qu’à toutes celles et tous ceux qui ont porté nos couleurs dans des circonscriptions difficiles : Farida Andasmas, Najat Azmi, Elyette Croset, Jean-Karl Deschamps, Kheira Drissi, Yann Galut, Dominique Jourdain, Valérie Kumm, Alexandre Medvedowski, Lucile Schmid, et tant d’autres aux quatre coins de la France. Le moment est venu maintenant de préparer sérieusement l’avenir. Lors de notre réunion du Sénat, la veille du conseil national, il nous a paru nécessaire, après les deux campagnes et face à l’état du parti, de préciser ce que doit être notre stratégie. C’est cette stratégie que nous allons mettre en œuvre dan s les semaines et les mois qui viennent.

En premier lieu, il nous appartient de travailler au rassemblement de tous ceux qui souhaitent incarner dans le parti un pôle de la refondation. Je considère aujourd’hui que le NPS que nous avions créé en 2002 n’est plus. Inutile de prolonger des bagarres indigentes et groupusculaires avec des camarades qui ont choisi d’autres voies que nous. Mais la division de notre famille d’idées ne peut nous satisfaire. Nous avons besoin d’un nouveau souffle. C’est pourquoi nous devons dépasser le NPS et inventer un nouveau rassemblement avec toutes celles et tous ceux qui le souhaitent. Nous avons posé un premier acte par le rassemblement des députés autour de la candidature d’Arnaud Montebourg, puis de celle de Jean-Marc Ayrault, et le résultat a été satisfaisant. Notre pôle est bien représenté au sein des vice-présidences : Aurélie Filipetti, Geneviève Gaillard, Patrick Bloche, Gaëtan Gorce, Pascal Terrasse, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, et constitue une force centrale qui va pouvoir travailler utilement et préparer les échéances à venir. C’est une même démarche que nous devons conduire dans le Parti dans la perspective du Congrès et d’une refondation idéologique et organisationnelle inéluctable et nécessaire. Vu la force des conservatismes qui demeurent et étant donné la détérioration des comportements à l’intérieur du Parti, cette tâche est urgente afin de conserver de nombreux nouveaux militants et de maintenir vivant l’espoir d’une gauche moderne et populaire. D’ores et déjà un certain nombre de camarades nous ont fait connaître leur volonté d’agir dans la même direction et de se doter d’un nouveau cadre collectif, plus large, pour faire face aux échéances à venir. C’est ce à quoi nous allons nous employer dans les mois qui viennent.

En second lieu, il nous appartient de travailler le plus rapidement possible à la formulation d’une nouvelle offre politique de gauche pour la société française. Cela suppose de nous doter d’un instrument sérieux pour croiser les besoins de formation, les militant(e)s, les élu(e)s, les experts, les intellectuels, les acteurs de la société civile. Ce lieu nous a fait cruellement défaut. Nous avons du temps devant nous. C’est pourquoi j’ai proposé la création d’un Institut, l’Institut Edgar Quinet, qui permettra, avec des moyens modernes, de jouer ce rôle inédit et essentiel dans la durée. Il va de soi que cet Institut doit transcender largement ce que nous sommes à l’intérieur du Parti. C’est en effet un des enseignements à tirer de l’expérience du NPS que la forme "courant" n’est pas nécessairement la plus adaptée au travail sur le fond dont la gauche va avoir besoin dans les cinq prochaines années. Cette volonté de réfléchir en profondeur et dans la durée, de manière ouverte, doit être notre marque de fabrique. Elle sera utile à tous. Elle suppose de prendre un peu de distance avec les frénésies et les agitations d’une vie politique trop repliée sur elle-même et incapable de se projeter dans la longue durée, de produire les analyses, les concepts et les propositions dont nous allons avoir besoin dans cinq années. Puisque nous voulons mener la bataille idéologique et culturelle, cette fois-ci il faut nous en donner les moyens. C’est à ce travail que je vais me consacrer de façon prioritaire.

Voilà pour ce qui concerne notre stratégie et les lignes de notre action. Nous vous tiendrons bien entendu informés des moments clefs de celle-ci de telle sorte que vous puissiez pleinement vous y impliquer. Pour ce qui concerne le Parti socialiste, à l’évidence il est aujourd’hui concentré sur trois actions : faire le procès de Ségolène Royal, geler tout jusqu’après les municipales, préparer les élections locales. Certains en viennent même à se contenter de théoriser le socialisme municipal. C’est dire comme ils vont réussir à mobiliser à nouveau les Françaises et les Français autour d’un grand dessein. En refusant d’entrer dans ces querelles délétères, il nous appartient toutefois de soutenir auprès de nos camarades l’exigence de refondation de notre parti et de toute la gauche, celle qui a porté tant de nouveaux militants vers le Parti socialiste et tant de citoyens à voter pour Ségolène Royal. En 2012, le Parti socialiste et la gauche seront dans l’opposition depuis dix ans. Ce n’était pas arrivé depuis 1981. Il nous faudra donc aussi maintenir l’exigence intellectuelle et la responsabilité politique d’une gauche qui veut gouverner et transformer la société.

Cher(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades,

De nouveaux combats nous attendent. Ils vont être rudes. Ils sont nécessaires. Nous devons nous y préparer avec sérieux et puissance. C’est ce qui commande notre stratégie. Une droite très dure vient de s’installer. Elle est déterminée, et elle n’est pas toujours maladroite. Elle va prendre des mesures très dures pour les plus faibles de nos compatriotes, et elle va faire perdre à notre pays de nombreuses années. Nous devons nous préparer à la combattre et à la vaincre démocratiquement, par la rigueur de notre opposition, mais aussi par la force de notre projet. A l’évidence, les conditions ne sont pas encore réunies au sein de notre parti pour repartir du bon pied. À nous de les faciliter, et à nous de préparer l’avenir résolument Il va nous falloir de la détermination, du courage et de la persévérance. Je sais que vous n’en manquez pas. Sachez que vous pouvez compter sur moi pour les temps qui viennent.

Bien amicalement,

Vincent Peillon