Peillon (PS) prône "des assises de la gauche" pour dépasser les partis

PARIS (AFP), 22 août 07 — Vincent Peillon, l'un des "quadras" du PS, a préconisé mercredi "des assises de la gauche et des progressistes", estimant qu'il faut "transgresser les frontières" des appareils pour accoucher d'un nouveau grand parti de gauche.

"Si nous voulons ouvrir un nouveau cycle politique, des assises de la gauche et des progressistes doivent être lancées avant le congrès du Parti socialiste", écrit le député européen dans une tribune à paraître jeudi dans Le Nouvel Observateur.

Ces assises réuniraient, outre les socialistes, "les écologistes, les communistes, les démocrates, les radicaux, les citoyens (...)", et "le congrès de refondation devra être l'aboutissement de ce processus", précise-t-il.

Selon Vincent Peillon, la gauche doit "transgresser les frontières d'appareils politiques qui se survivent pour des raisons qui n'ont plus lieu d'être".

"Si nous ne faisons pas cela, nous reproduirons les mêmes enfermements, les mêmes malentendus, et nous laisserons la gauche dans l'état où nous la trouvons aujourd'hui, divisée, fragilisée, repliée, méfiante et sans perspective réellement novatrice et mobilisatrice", ajoute-t-il.

L'ex-porte-parole de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle relance ainsi une proposition qu'il avait faite entre les deux tours de ce scrutin, dans une tribune au quotidien communiste L'Humanité.

Le co-fondateur du courant Nouveau Parti socialiste (2003), aujourd'hui moribond et qui défendait à la fois un ancrage à gauche et une rénovation du parti, poursuit aussi un recentrage politique.

Il appelle la gauche à s'"affranchir des oripeaux gauchistes et tribuniciens". "Ce n'est pas capituler que de vouloir gouverner et agir, ce n'est pas honteux que de chercher à comprendre le monde tel qu'il est, ce n'est pas trahir que de vouloir faire tomber le mur de Berlin dans nos têtes".


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Point de vue

Héritiers de l'avenir, construisons la gauche nouvelle, par Pierre Mauroy et Gilles Pargneaux

LE MONDE | 30.08.07

C'est une constante dans l'histoire de la Ve République : l'élection du président de la République fixe les règles du jeu politique pour plusieurs années, tant dans le camp des vainqueurs que dans celui des vaincus. La période actuelle ne déroge pas à cette règle.

Depuis trois mois, en effet, nous assistons à un renforcement, jusqu'à l'omnipotence, du rôle du président de la République. L'instauration du quinquennat y a évidemment contribué. Mais ce phénomène, que nous regrettons et contestons, est aggravé aujourd'hui par plusieurs facteurs : une certaine arrogance comportementale et verbale du nouveau président, une relation équivoque avec les forces de l'argent et enfin une personnalisation excessive du pouvoir. A quoi il faut malheureusement ajouter l'attitude de certains socialistes, leur analyse erronée de la situation, leur manque de sang-froid, leur recours au jeu des "petites phrases" et surtout la part trop belle qu'ils font au fracas médiatique.

Que n'a-t-on entendu depuis trois mois à propos de notre Parti socialiste, de notre direction nationale ou de notre candidate à l'élection présidentielle ! Aurions-nous oublié que le PS est le second parti de France ? Aurions-nous oublié ses quelque 300 000 adhérents qui militent ardemment sur le terrain, ses 200 députés et plus, sa centaine de sénateurs, la présidence de 20 régions sur 22 et de la moitié des départements ? Aurions-nous enfin oublié que 17 millions d'électeurs se sont prononcés sur le nom de Ségolène Royal au second tour du scrutin présidentiel ?

C'est la réflexion sur l'avenir du PS et sur la construction d'une gauche nouvelle qui doit aujourd'hui mobiliser toutes nos énergies. En premier lieu, nous sommes plus que jamais hostiles à toute réforme tendant à instaurer un régime présidentiel. Du fait de la conception toute personnelle du pouvoir de Nicolas Sarkozy et compte tenu du nécessaire contrôle de l'exécutif, un tel mode de fonctionnement nous menacerait d'un régime bonapartiste. Il est indispensable, au contraire, de renforcer l'autorité du Parlement : cela suppose une pleine capacité d'initiative dans la décision politique, une réforme (enfin !) du Sénat et l'introduction d'une forme de représentation proportionnelle dans les deux Assemblées. C'est une nécessité de justice dans un pays où le territoire se trouve surreprésenté au détriment de la population.

Il convient également de clarifier nos orientations pour l'avenir. Que n'a-t-on entendu, là encore ! Le socialisme serait dans l'impasse, ringardisé par le sarkozysme flamboyant, et sur les questions de société, nous aurions vingt ans de retard. Rappelons à ceux qui auraient la mémoire courte que les socialistes, comme tout le peuple de gauche, sont "héritiers de l'avenir". Le travail de fond que nous avons accompli ces cinq dernières années, les propositions courageuses, parfois déroutantes mais porteuses d'avenir de Ségolène Royal lors de la campagne présidentielle doivent nous permettre d'approfondir notre réflexion sur notre identité, dans cette France en mouvement.

Et pourtant nous n'avons pas gagné. C'est donc, maintenant, sans amertume, sans arrière-pensées que nous devons, au côté du premier secrétaire François Hollande, redonner du sens à notre démarche collective, analyser nos manquements, nos erreurs de communication et préparer notre prochain congrès.

Il nous faudra, aussi, définir des règles plus strictes concernant l'élaboration collective de nos décisions afin qu'elles soient respectées. Combien de fois depuis cinq ans n'a-t-on entendu des voix socialistes discordantes sur un sujet qui pourtant avait fait l'objet d'une décision de la part de notre direction, et parfois même de nos militants ? Car nous manquons de discipline et devons réapprendre à vivre ensemble. Soyons fiers, comme les militants le sont, d'appartenir à un parti comme le nôtre et à ses instances dirigeantes !

Dès cette rentrée politique, notre devoir et notre responsabilité collective sont de nous remettre au travail face à la droite au pouvoir, de remettre en perspective le projet alternatif dont nous sommes porteurs, d'adapter nos réponses aux urgences réclamées par les Français. Elles ont été identifiées dans notre projet socialiste et dans nos propositions de campagne. C'est vrai en matière de sécurité, de justice, d'immigration. C'est aussi vrai en matière de salaire, d'emploi, d'insertion sociale, comme pour le logement, l'éducation et la santé. Nous devons aussi réaffirmer nos valeurs de gauche sur les grands défis de notre société que sont l'égalité, la solidarité, la laïcité, le service public, le développement durable et, bien sûr, la démocratie. Ce travail est essentiel, non pas pour reproduire ce que nous avons déjà accompli mais pour répondre avec imagination aux nouvelles attentes.

Pour accomplir ce grand dessein, nous appelons à l'organisation d'assises de la transformation de la gauche. Le plus important aujourd'hui consiste à créer les conditions d'un rassemblement des forces populaires et progressistes. C'est tout d'abord une nécessité historique : la gauche a conquis la confiance de la population à chaque fois qu'elle s'est regroupée. C'est ensuite un impératif constitutionnel. Au second tour de l'élection présidentielle, seuls deux candidats peuvent demeurer en présence. La logique de l'affrontement droite-gauche est inscrite dans notre Loi fondamentale.

C'est enfin une stratégie qui découle de nos valeurs. Le PS et la gauche ne sont pas uniquement des instruments de conquête du pouvoir. Ils sont toujours l'expression de forces sociales et porteurs d'un projet de société. A gauche, pour une gauche nouvelle, porteuse d'un socialisme d'ouverture et d'adaptation, telle est notre stratégie.

Il faut que la gauche s'adapte pour créer une grande force nouvelle rassemblant les socialistes, les radicaux, les républicains, les écologistes, les communistes et les progressistes. Ayons bien conscience cependant que le succès de cette entreprise repose d'abord sur la détermination d'un PS lui-même rassemblé.

Pierre Mauroy est ancien premier ministre, sénateur (PS) du Nord, membre du bureau national.

Gilles Pargneaux est premier secrétaire de la fédération du Nord et membre du secrétariat national du PS.

Article paru dans l'édition du 31.08.07


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Manuel Valls : « Il faut engager des assises de la gauche »

Trois mois après la défaite de mai, l'ambiance est toujours détestable au PS...

Il est normal qu'après le double échec du printemps et la troisième défaite consécutive à une présidentielle, les socialistes s'interrogent et vivent un moment difficile. Il faut trancher des questions que nous n'avons jamais voulu trancher. Le processus de refondation du PS doit déboucher sur du concret. Or, la direction du parti a choisi de renvoyer ces questions à un congrès ordinaire en 2008 qui ne réglera rien, tant le PS est pris dans un carcan de courants, d'écuries présidentielles et de synthèses molles.

La refondation n'est pas partagée par tous au PS...

C'est vrai. Certains pensent que la défaite de 2002 était un accident, et que celle de 2007 est due uniquement à Ségolène Royal. Un autre candidat aurait soi-disant gagné cette élection « imperdable ». Ceux-là pensent qu'il suffit d'attendre le rejet de la politique de Nicolas Sarkozy et une victoire aux élections municipales, pour qu'après dix ans dans l'opposition, l'alternance soit naturelle en 2012. D'autres pensent qu'on a perdu parce que nous ne sommes pas assez à gauche. Il est temps de nous affranchir de ces oripeaux gauchistes. La gauche française est la seule en Europe à n'avoir jamais su garder le pouvoir.

Rien ne se fera avant le congrès prévu en 2008...

On ne peut pas attendre l'année prochaine ! Il faut un acte fort, qui engage des assises de la gauche ou un congrès extraordinaire du PS.

La direction du PS s'y refuse...

François Hollande n'a pas voulu quitter la direction du PS. Cette décision lui appartient. Je constate qu'au bout de dix ans, Tony Blair, qui n'a perdu aucune élection en Angleterre, a quitté le pouvoir et la tête du Parti travailliste, et qu'en France, les dirigeants socialistes, après les défaites que nous avons connues, restent et annoncent même qu'ils le font pour mieux préparer leurs ambitions pour 2010.

Dites-vous, comme Claude Allègre, qu'Hollande a «foutu un bordel noir » ?

On peut avoir un débat d'idées élégant et digne. Allègre a dû quitter le gouvernement Jospin en 2000 parce que son ton avait bloqué toute réforme de l'Education nationale. J'attends toujours son autocritique, avant qu'il ne distribue des insultes à l'égard de certains. Je ne sais pas s'il est un grand scientifique. En tout cas, il est un piètre politique. Enfin, ça fera vendre son livre...

On vous prête de grandes ambitions. Premier secrétaire en 2008, candidat en 2012...

Je connais bien le PS. Pour atteindre le premier objectif - laissons le second pour l'anecdote - je sais que le plus sûr moyen est de ne rien dire. Ce qui n'est pas vraiment mon cas... Je suis député, réélu avec plus de 60 %, et maire d'une ville passionnante comme Evry. J'ai de l'ambition pour mon parti et pour la gauche. Que cette ambition soit auscultée et que j'ai envie un jour de porter les idées d'une gauche moderne, ça n'échappe à personne, mais ça ne se décrète pas. La question aujourd'hui n'est pas de choisir le premier secrétaire du PS, ni le candidat de 2012, mais de mener le débat sur la refondation. Et ce débat, j'y participe.

Recueilli par B. Bonnefous / 20 Minutes, éditions du 31/08/2007