« Leroux, le socialisme encore possible », par Robert Redeker

Bibliothèque républicaine de Vincent Peillon, où se côtoieront Jaurès, Fouillée, Buisson et bien d'autres, publie une anthologie complète de ce penseur singulier et profond. Avec Leroux nous retournons aux sources du socialisme, d'où coule aussi son avenir. Le problème du socialisme est le problème même de l'humanité, jamais résolu jusqu'ici : comment concilier les deux légitimités, celle de la société et celle de l'individu, de la liberté et de l'association, toujours en conflit ? Le socialisme apporte la solution. Liant l'un et le multiple, produisant la synthèse du principe de liberté et du principe de société, il est « la doctrine qui ne sacrifiera aucun des termes de la formule liberté, fraternité, égalité, unité, mais qui les conciliera tous ».

Pierre Leroux en exil, mai 1856 Pierre Leroux en exil, photographié à Jersey, le 22 mai 1856

Bien avant Marx, Leroux parle de « l'exploitation de l'homme par l'homme » tout en définissant le prolétariat et la bourgeoisie dans leur rapport à la propriété des moyens de production. Sa critique du saint-simonisme, anticipation de toute bonne critique du marxisme, lui procure l'intuition répulsive du totalitarisme qu'il appelle « socialisme absolu ». Chez Leroux, l'activité de critique littéraire nourrit une riche anthropologie. Intime de Sand, inspirant Hugo (avec qui il entretient de puissantes affinités, malgré le revirement de leur amitié en brouille), son lien à la littérature l'empêche de sombrer dans l'économisme : se défiant du matérialisme, il ne réduit pas le patrimoine de l'humanité à une superstructure trompeuse.

Leroux dans le Grand Larousse du XIXe siècle Pierre leroux dans le Grand Larousse

C'est parce qu'il est profondément marqué par la littérature que le socialisme de Leroux n'est ni manichéen ni mécaniste, mais républicain et libéral. Du coup, il rejette aussi bien la lutte des classes violente, l'utopie éradicatrice de la table rase, la démocratie totalitaire que l'étatisation de l'économie. Si le marxisme est un fleuve tari, le socialisme ne l'est point. Son avenir passe par un retour aux sources - celles de la pensée de Pierre Leroux, apte à nourrir la réflexion et l'action des hommes du XXIe siècle. En effet, chaque page de ce livre manifeste avec éclat la nécessité et la possibilité du socialisme. D'un socialisme dans un autre sens que celui légué par l'histoire du XXe siècle.

La librairie du Cercle social Edgar Quinet