Du solidarisme à la solidarité

Par Nicolas Duvoux / Equipe de recherche sur les inégalités sociales (ERIS), Centre Maurice Halbwachs (CNRS, Normale sup, EHESS)

Le solidarisme est une doctrine politique et sociale forgée à la fin du XIXe siècle comme une troisième voie entre l’individualisme libéral de stricte observance et le socialisme collectiviste. C’est autour de la figure centrale de Léon Bourgeois que le solidarisme, en tant que doctrine acquiert une consistance théorique et politique. Un sociologue durkheimien nommé Célestin Bouglé donnera à la conception développée dans l’ouvrage de Léon Bourgeois, Solidarité (Colin, 1902 et Septemtrion, 1998 ) un prolongement politique et sociologique dans son ouvrage, Le solidarisme (Giard et Brière, éd., 1907 ). L’élaboration de cette doctrine ne prend cependant sens que dans le contexte très particulier de l’avènement de la troisième République (Mièvre).

Cependant, ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que les principes énoncés par les théoriciens du solidarisme seront appliqués. Et paradoxalement, la mise en œuvre de la solidarité au travers des systèmes de protection sociale édifiés à cette période verra l’érosion du solidarisme trop lié au courant radical et à la IIIe République. De nombreux ouvrages ont proposé de rendre compte tant de la genèse du solidarisme (Donzelot, 1984) et des techniques dans lesquelles il pouvait s’actualiser (Ewald, 1986) que de faire le lien avec la situation contemporaine marquée par la crise des systèmes de protection sociale que nous connaissons (Castel, 2003).

Pour une mise en perspective historique de la naissance du solidarisme

Jacques Mièvre, Le solidarisme de Léon Bourgeois : Naissance et métamorphose d’un concept.

Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale.

Jacques Donzelot, L’invention du social. Essai sur le déclin des passions politiques.

François Ewald, L’Etat-providence.

Alain Supiot, Critique du droit du travail.

Bruno Karsenti, Eléments pour une généalogie du concept de solidarité.