Revenant sur la polémique née de ses propos sur la « laïcité positive », Sarkozy a affirmé : « Jamais je n'ai dit que la morale laïque était inférieure à la morale religieuse (...) Je défends l'idée que les deux morales sont complémentaires ». « Et jamais je n'ai dit que l'instituteur était inférieur au curé, au rabbin ou à l'imam pour transmettre des valeurs. Mais ce dont ils témoignent n'est tout simplement pas la même chose. Le premier témoigne d'une morale laïque, faite d'honnêteté, de tolérance, de respect. Que ne dirait-on pas d'ailleurs si l'instituteur s'autorisait à témoigner d'une morale religieuse ? Le second témoigne d'une transcendance dont la crédibilité est d'autant plus forte qu'elle se décline dans une certaine radicalité de vie », a-t-il dit. A la basilique Saint-Jean de Latran à Rome, le 20 décembre 2007, Sarkozy avait déclaré que « dans la transmission et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur ». A Riyad, le 14 janvier 2008, il avait parlé, entre autres, de « Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme ». Dans les deux cas, il a violé un pacte républicain tacite qui impose aux détenteurs de l'autorité politique, dans leurs propos et dans leurs actes, une neutralité philosophique absolue sur la question du fondement de la morale. « Le drame du XXe siècle, de ces millions d'êtres projetés dans la guerre, la famine, la séparation, la déportation et la mort, n'est pas né d'un excès de l'idée de Dieu, mais de sa redoutable absence », a-t-il également souligné ce 13 février. En conclusion, le chef de l’Etat a balayé les critiques qui avaient accueilli les deux discours de Rome et de Riyad d’un « Je persiste et j’ai le plaisir de signer »

Sarkozy et Benoît XVI

Extrait d'un reportage sur la journée de Nicolas Sarkozy au Vatican :

Dernier acte (de la visite de Nicolas Sarkozy au Vatican), (…) : le discours de Nicolas Sarkozy, dans la splendide salle du palais du Latran, devant ce que la communauté française de Rome compte de religieux, religieuses et personnes travaillant pour l’Église. Un discours ample, une manière de sceller cette journée romaine un peu particulière, et qui veut visiblement marquer une nouvelle étape dans les relations entre la France et la religion catholique.

Jamais sans doute un chef de l’État français n’avait aussi vigoureusement défendu l’héritage catholique de son pays, rappelant une longue histoire, sans en oublier les ombres : il surprend en parlant de la "souffrance" provoquée par la mise en œuvre de la loi de 1905. Cette forme de "repentance" ira sans aucun doute au cœur de la mémoire de bien des catholiques, tout comme la reconnaissance que, parfois, la laïcité a été appliquée comme une tentative de nier le passé. De là, le président peut développer sa conception de la "laïcité positive", une laïcité dans un pays pluraliste, qui reconnaît le rôle des religions non seulement dans la vie privée, mais dans la vie publique.

La Croix, le 20 décembre 2007

Verbatim - Allocution du président de la République française dans la salle de la signature du Palais de Latran - jeudi 20 décembre 2007 (extraits).

« (...) Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. (...) la laïcité ne saurait être la négation du passé. La laïcité n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû. (...) Un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux. (...) La morale laïque risque toujours de s’épuiser quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini. (...) J’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire d’une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. (...) Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves. (...) Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l’intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j’allais faire ce que j’ai fait, je l’ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne. (...) Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. »

L’hallucinant discours de Riyad (extraits) – lundi 14 janvier 2008

« Sans doute, Musulmans, Juifs et Chrétiens ne croient-ils pas en Dieu de la même façon. Sans doute n’ont-ils pas la même manière de vénérer Dieu, de le prier, de le servir. Mais au fond, qui pourrait contester que c’est bien le même Dieu auquel s’adressent leurs prières ? Que c’est bien le même besoin de croire. Que c’est le même besoin d’espérer qui leur fait tourner leurs regards et leurs mains vers le Ciel pour implorer la miséricorde de Dieu, le Dieu de la Bible, le Dieu des Evangiles et le Dieu du Coran ? Finalement, le Dieu unique des religions du Livre. Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme. Dieu qui n’asservit pas l’homme mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l’orgueil démesuré et la folie des hommes. Dieu qui par-delà toutes les différences ne cesse de délivrer à tous les hommes un message d’humilité et d’amour, un message de paix et de fraternité, un message de tolérance et de respect. (…) Les crimes qui ont été commis au nom de la religion n’étaient pas dictés par la piété, ces crimes n’étaient pas dictés par le sentiment religieux, ces crimes n’étaient pas dictés par la foi, ils étaient dictés par le sectarisme, par le fanatisme, par la volonté de puissance sans limite. (…) Tous ces excès, toutes ces dérives doivent-ils nous amener à condamner la religion ? Je l’affirme, je réponds non, car le remède serait pire que le mal. (…) Je respecte ceux qui croient au Ciel autant que ceux qui n’y croient pas. (…) Mais j’ai le devoir aussi de préserver l’héritage d’une longue histoire, d’une culture, et, j’ose le mot, d’une civilisation. Et je ne connais pas de pays dont l’héritage, dont la culture, dont la civilisation n’aient pas de racines religieuses. Je ne connais pas de culture, pas de civilisation où la morale, même si elle incorpore bien d’autres influences philosophiques, n’ait un tant soit peu une origine religieuse. Dans le fond de chaque civilisation il y a quelque chose de religieux, quelque chose qui vient de la religion… »