LE MONDE | 19.06.08

Ce texte ministériel s'inspire des recommandations de la mission présidée par Hélène Waysbord-Loing, présidente de l'association de la Maison d'Izieu et ancienne inspectrice générale. Composé de quinze personnalités et membres d'association dont Simone Veil, Claude Lanzmann et Serge Klarsfeld, ce groupe de travail avait été chargé par le ministre de l'éducation nationale, Xavier Darcos, de réfléchir à la mise en oeuvre de la proposition présidentielle. Il avait aussi pour but d'apaiser les esprits après le tollé que cette annonce avait suscité chez les enseignants, parents d'élèves, psychologues, mais aussi au sein d'une partie de la communauté juive.

L'idée du parrainage individuel est abandonnée au profit d'un travail plus collectif sur les enfants de la Shoah, disparus mais aussi témoins ou sauvés par des Justes. "La thématique des enfants victimes constitue l'approche privilégiée pour enseigner l'histoire de la Shoah en classe de cours élémentaire : partir d'un nom, d'un visage, d'un itinéraire, de l'exemple singulier d'une famille dont l'histoire est liée aux lieux proches - l'école, la commune, le département - constitue une approche pédagogique respectueuse de la sensibilité des enfants", indique le projet de circulaire.

EVITER "LE COMPASSIONNEL"

Le ministère a entendu les préconisations de Mme Waysbord-Loing. Son rapport plaidait pour une approche qui "évite le compassionnel" et "privilégie la vie" en évoquant "le parcours avant la déportation". Le rapport reprochait à la proposition de M. Sarkozy de faire porter une émotion et une culpabilité trop lourdes à des élèves de 9 ou 10 ans. La circulaire reprend aussi la suggestion de diffuser un "livret pédagogique" auprès des enseignants et de créer un portail Internet qui mettra à leur disposition des ressources numériques. Enfin, le texte rappelle que le 27 janvier, journée de commémoration de la libération du camp d'Auschwitz, "constituera un moment privilégié de mémoire et de réflexion dans les écoles". Ces instructions ministérielles seront envoyées "dans les semaines qui viennent" aux recteurs, inspecteurs et enseignants.

"L'idée qu'il faudrait simplement adopter la mémoire d'un seul enfant, et que chaque enfant porte la mémoire d'un autre enfant, n'est pas faisable dans le contexte scolaire", a rendu compte M. Darcos en évoquant les conclusions de la commission, mercredi 18 juin, sur France Info et LCP. La circulaire devrait mettre fin à la polémique. L'enseignement de la Shoah figure dans les programmes de CM2 depuis 2002.

Catherine Rollot Article paru dans l'édition du 20.06.08