Parti socialiste : pour un Congrès de Reims historique !
Par Antoine Peillon le mercredi 29 octobre 2008, 12:35 - Politique - Lien permanent
Discours de Vincent Peillon, le 28 octobre 2008, à Lyon
Reims doit être un congrès de REFONDATION
A l'occasion de la présentation de la motion E à Lyon, Vincent Peillon
a accordé une petite interview au quotidien régional, LE
PROGRES.
Q : La motion Royal-Collomb semble remonter. Est-ce un revirement ?
R : Nous continuons dans la même démarche sans se soucier de ce qu'on dit
de nous. Nous avons fait un travail de conviction sans attaquer personne. Nous
essayons de convaincre que le PS doit changer. Nous n'avons pas toutes les
clés, mais quelques-unes. Q : Que se passera-t-il si le congrès de Reims
se passe mal ? R : Il faut réussir Reims. Les gens de gauche ne nous
pardonneraient pas un échec, et ils auraient raison. Il est impératif de
redevenir un parti de rassemblement autour d'une nouvelle donne. Q : Le
rassemblement de tous les socialistes est-il encore possible ? R :
D'une forte majorité respectueuse des minorités, oui. Q : Si ça n'est pas
Rennes, ce peut cependant être un congrès de simple transition ? R :
Non, ce ne sera ni l'un ni l'autre. Nous y veillerons. Nous devons avoir un
congrès dont on se souviendra, style Epinay, un congrès de refondation du
comportement politique. On ne fera pas cela en 2011 qui sera le congrès de
désignation du candidat à la présidentielle. Q : Les débats internes
sont-ils à la hauteur de l'enjeu ? R : Cela avait mal commencé et
puis les échanges ont gagné en épaisseur et en pertinence, preuve que nous
voulons un PS fort, en phase avec la société. (Propos recueillis par
Michel-Rivet Paturel)
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Analyse
Le PS entre psychodrame et électrochoc, par Michel Noblecourt
LE MONDE | 28.10.08
Qu'adviendra-t-il si, le 6 novembre au soir, aucune des six motions en
compétition pour le congrès du Parti socialiste, du 14 au 16 novembre à Reims,
n'arrive en tête à l'issue du vote des militants ? Faute d'indicateurs
fiables sur les inscrits - 220 000 électeurs potentiels s'ils acquittent, même
le jour du vote, deux ans de cotisations, sachant que seuls 105 000 ont repris
leurs cartes -, le scrutin garde ses mystères. Le niveau de participation sera
déterminant. A entendre les différents pointeurs de "Solférino", les motions de
Bertrand Delanoë et de Ségolène Royal - signataire du texte présenté par Gérard
Collomb - devraient se partager 60 % des votes. Mais quel sera l'écart :
31 %-29 % ? ; 35 %-25 % ? Il est aussi impossible de deviner la
réponse que de dire qui, de M. Delanoë ou de Mme Royal, sera en tête. Ces mêmes
pointeurs attribuent 38 % aux motions de Martine Aubry et de Benoît Hamon, soit
25 % pour la maire de Lille et 13 % pour le jeune député européen qui est
parvenu à réunifier toutes les petites gauches du PS.
Grand favori des sondages réalisés auprès de sympathisants socialistes, à ne
pas confondre avec les militants, Bertrand Delanoë, 58 ans, a capté une grande
partie de l'appareil, grâce au soutien de François Hollande, le premier
secrétaire sortant, mais il n'a pas réussi à séduire la base. Sa campagne fait
du surplace. En dehors de Paris et en partie de la Haute-Garonne, il n'a dans
sa besace aucune grosse fédération. Même sur ses terres, où le vote est plutôt
bohème, il n'est pas sûr d'être majoritaire. A contrario, Ségolène Royal, 55
ans, malmenée par les sondages et boudée par l'appareil, garde un pouvoir
d'attraction auprès des militants et a le vent en poupe. L'appui des
Bouches-du-Rhône et de l'Hérault, où on vote encore "au canon", lui garantit un
matelas de plus de 10 % des votes.
La même garantie de 10 % est promise à Martine Aubry, 58 ans, qui a impulsé une
vraie dynamique, grâce à la crise financière, et qui est d'autant plus assurée
de faire un score qu'elle est soutenue par des fédérations - Nord et plus
encore Pas-de-Calais et Seine-Maritime - où on ne badine pas avec la discipline
de vote. Avec un discours très à gauche et un réel talent, Benoît Hamon, 41
ans, a aussi surfé sur la crise, mais il est handicapé par le conglomérat de
gardiens du temple qui l'encadre. Un conglomérat de fortes personnalités qui
ont un lourd passé commun de chamailleries. Seul le pôle écologique de
Christophe Caresche et Géraud Guibert, en pointe sur la rénovation, affiche sa
cohérence. Les principales motions ressemblent à des attelages très hétérogènes
fondés sur des contrats précaires. Elles naviguent au mieux de leurs
contradictions internes.
Sous le double parrainage de Lionel Jospin et de Michel Rocard, histoire de
marier première et deuxième gauche, le maire de Paris se présente plus en
champion de la "fidélité" à l'héritage socialiste, depuis Epinay (1971), qu'en
artisan du renouveau. En se proclamant, lors de sa candidature au poste de
premier secrétaire, "libéral et socialiste", M. Delanoë s'est vite mis en porte
à faux par rapport à une crise qui sape les fondements du libéralisme.
Encouragé à se lancer par M. Jospin, qui s'était d'abord fait le censeur de M.
Hollande - le successeur qu'il s'était pourtant choisi en 1997 -, il a fini par
s'allier avec le premier secrétaire qu'il critiquait. De même, M. Delanoë
récuse toute alliance avec le MoDem, mais fait route avec M. Rocard, qui s'est
fait le chantre d'un tel rapprochement.
LE REMAKE DU MATCH JOSPIN-FABIUS
En voulant prendre la tête du PS, M. Delanoë joue gros. C'est évident en cas
d'échec. Mais s'il gagne, il devra montrer sa capacité à être le "manageur"
d'un parti qu'il veut remettre au travail, même s'il s'était engagé, lors des
municipales, à faire son "travail de maire à 100 %". Sa cote de popularité, au
zénith au-delà de 70 %, va fortement et rapidement être écornée, car, comme
premier secrétaire il sera surexposé en première ligne. Ses alliés guetteront
ses faux pas, à commencer par M. Hollande - qui le soutient mollement et qui
ralliera la motion arrivée en tête -, dont l'intérêt objectif est son échec,
qui lui dégagerait la voie pour une candidature à l'Elysée en 2012. Le revers
probable aux élections européennes de juin 2009 - par rapport aux 28, 9 % du PS
en 2004 - lui sera imputé.
Mme Royal a, elle aussi, une équipe hétérogène : des grands barons
locaux ; des "hollandais" repentis comme Julien Dray ; la majorité du
NPS derrière Vincent Peillon ; le numéro deux du PS, François
Rebsamen ; ses "groupies" de ses clubs Désirs d'avenir. En mettant sa
candidature à la tête du PS "au Frigidaire", Mme Royal a habilement joué,
réduisant son enjeu personnel. Seul un improbable plébiscite en sa faveur
pourrait la faire sortir du "frigo". Un succès lui permettrait de pousser en
avant M. Peillon (48 ans). Un échec ne la disqualifierait pas pour la suite.
Candidate au poste de premier secrétaire, Mme Aubry n'a rien à perdre. En cas
d'échec, elle restera à Lille, mais en ayant gagné ses galons et en pesant sur
le PS.
D'abord anti-Royal, Martine Aubry s'en prend de plus en plus vivement à
Bertrand Delanoë, ne lui pardonnant pas son alliance avec M. Hollande. Un
renvoi d'ascenseur au maire de Paris, qui lui reproche son alliance
contre-nature avec Laurent Fabius. D'ici au 6 novembre, le risque existe qu'un
"TSD" (Tout sauf Delanoë) se substitue au "TSS" (Tout sauf Ségolène), et les
maires de Lille et de Paris semblent rejouer un mauvais remake du match
Jospin-Fabius.
Reims peut tourner au psychodrame, comme Rennes en 1990 avec le facteur
aggravant que le PS doit élire, le 20 novembre, un nouveau premier secrétaire.
Si le 6 novembre, aucune motion ne prend l'avantage et que chaque camp fait de
la résistance, la crise est assurée. A moins d'un électrochoc qui conduirait le
PS, pour sortir d'une impasse moins due à des clivages idéologiques qu'à des
querelles d'ego, à confier les rênes à une nouvelle génération. M. Peillon,
ségoléniste, ou Pierre Moscovici, 51 ans, rallié à M. Delanoë, seraient des
candidats de compromis qui laisseraient les présidentiables préparer 2012. Ils
pourraient puiser dans un vivier de "jeunes" pour former une équipe resserrée
incarnant la relève : Harlem Désir (49 ans), Annick Lepetit (50 ans),
Patrick Bloche (52 ans), delanoëistes ; Guillaume Garot (42 ans), Manuel
Valls (46 ans), Aurélie Filippetti (35 ans), Delphine Batho (35 ans),
ségolénistes ; François Lamy (49 ans), Adeline Hazan (52 ans), Arnaud
Montebourg (46 ans), aubryistes ; Guillaume Bachelay (34 ans), fabiusien,
voire M. Hamon et son allié Pierre Larrouturou (44 ans). En 1997, M. Hollande
n'avait que 43 ans quand il devint le "patron" des socialistes.
Michel Noblecourt (Editorialiste, chef de service)
Article paru dans l'édition du 29.10.08
