Le courant royaliste se réunit samedi pour la première fois, sans Royal

PARIS (AFP, 10h36) — Les partisans de Ségolène Royal s'organisent autour de l'eurodéputé PS Vincent Peillon, deux mois après le Congrès de Reims, en se réunissant samedi pour la première fois à Paris, sans leur championne absente pour cause de Forum altermondialiste au Brésil.

C'est une "première réunion de gens venus d'origines diverses" qui ont constitué au Congrès de Reims la motion portée par Mme Royal et "ont décidé de continuer à travailler ensemble" sur "la rénovation du parti" et "la ligne politique", résume pour l'AFP M. Peillon, bras droit de Mme Royal.

Cette "réunion nationale" vise à "clarifier les choses": "il y a un courant, dans lequel Ségolène a été, qui l'a soutenue, dans lequel elle reste, qui travaille avec elle, mais qui a maintenant son autonomie", relève M. Peillon, dirigeant de ce courant baptisé "L'Espoir à gauche" (nom de la motion d'avant-Congrès Reims).

"Ségolène Royal doit avoir sa profonde autonomie: son livre, ses voyages. Ce n'est pas non plus une chef de courant", observe M. Peillon, pour qui l'ouvrage-vérité qu'elle publie ("Femme debout") égratignant le Parti et Martine Aubry, est un "exercice très personnel".

Pour le royaliste Pascal Joseph, "entre une candidate à la présidentielle et un courant qui surgit, on travaille en harmonie". Mais "chacun a son rôle. On est dans le PS, Ségolène, elle, parle aux Français. Notre rôle à nous est de gérer le parti", insiste-t-il, alors que se profilent les Européennes, où les royalistes revendiquent leur part.

M. Peillon lira un message de Mme Royal.

"L'Espoir à gauche" veut également se démarquer de Désirs d'avenir (DA), association lancée lors de la présidentielle, qui mélange militants et non-militants partisans de la présidente de Poitou-Charentes.

Pour M. Peillon, DA est "une composante intéressante du courant".

"Deux cultures se confrontent: ceux qui disent +nous sommes avec Ségolène, peu importe ce qu'elle dit+ et l'autre qui dit +nous sommes avec Ségolène" en expliquant pourquoi. C'est l'opposition entre "le passionnel et le politique", selon un responsable.

"Ségo a toutes ses chances en 2012 mais notre objectif est de former des cadres", observe le même.

"Dans plus d'un tiers des fédérations, le PS c'est nous", note un autre.

Les blessures du Congrès de Reims et des conditions contestées de l'élection de Martine Aubry au poste de Première secrétaire, restent vives. "On n'est pas sur l'apaisement. Le PS ne peut pas être en ordre de marche tant qu'il est amputé", relève un partisan de Mme Royal.

La réunion du courant débutera à 15h00 samedi par un "temps de débat politique" où s'exprimeront les ténors de la motion: le maire de Lyon Gérard Collomb, les députés Manuel Valls, Delphine Batho. Puis, il y aura "un temps fermé à la presse" (organisation, délégués départementaux..).

"L'ensemble du courant est là", remarque M. Peillon. Mais il nie que cette réunion de "responsables" à l'Assemblée nationale, dans une salle de 350 places, soit "une démonstration de force".

On "est obligés de refuser beaucoup de gens", assure l'eurodéputé, promettant une "grande réunion publique".

L'Espoir à gauche

Les royalistes, réunis sans Royal, veulent afficher leur unité

PARIS (AFP, 20h37) — La grande famille royaliste, qui semblait traversée de tensions, s'est retrouvée samedi pour la première fois autour de Vincent Peillon pour poser les bases de la "rénovation" et assurer, en l'absence de sa championne, avoir "besoin d'elle comme elle a besoin de nous".

Du maire de Lyon Gérard Collomb à la députée Aurélie Filippetti, en présence de l'homme d'affaires et mécène Pierre Bergé, tous les partisans de l'ex-candidate à la présidentielle, absente pour cause de Forum social mondial au Brésil, se sont retrouvés, alors que certains avaient semblé prendre des distances.

"L'Espoir à gauche", lancé par M. Peillon, tenait ainsi "la première réunion du premier grand courant du parti socialiste", selon le sénateur-maire de Dijon François Rebsamen, en allusion aux 29% obtenus par la motion de Ségolène Royal, arrivée en tête au congrès de Reims.

Devant une salle pleine (350 places) de l'Assemblée nationale, le député Manuel Valls a martelé: "Nous avons toujours besoin de Ségolène Royal comme elle a besoin de nous".

"Nous devons bâtir une force, un courant, un collectif", a assuré M. Valls. Nous devons nous affirmer comme la colonne vertébrale de la reconstruction de la gauche, d'une gauche crédible, d'une gauche de gouvernement".

Pour M. Valls, il n'est pas question "d'une guérilla vis-à-vis de la direction du Parti socialiste", mais d'"assumer nos responsabilités" et "l'espoir" au delà des "frontières du PS".

De fait, si chacun affichait sa fidélité à Mme Royal, les participants ont aussi pris soin de se démarquer de son ouvrage à paraître, "Femme debout", très critique sur le PS. Un livre "extrêmement personnel", selon le député Jean-Louis Bianco, un proche, reprenant les termes de M. Peillon.

Vincent Peillon a lu un message de la présidente de Poitou-Charentes, exhortant ses camarades à garder "l'esprit collectif et d'équipe".

"Nous sommes aujourd'hui plus que jamais les garants de l'unité et de la rénovation du Parti Socialiste", y assurait l'ex-candidate à la présidentielle.

Et d'estimer que la "seule manière de faire avancer le PS serait que nous puissions participer à la hauteur de ce que nous représentons (..) aux travaux du PS", revendication récurrente de ses partisans, qui se jugent marginalisés par la nouvelle direction de Martine Aubry.

"Sortons de nos bisbilles insupportables entre socialistes, portons le fer sur nos idées, soyons totalement solidaires entre nous," a lancé en écho Vincent Peillon.

Et pour porter ce fer, l'eurodéputé a lancé une violente charge contre l'"abaissement national" et Nicolas Sarkozy, selon lui "le produit, l'incarnation et le symptôme de ce moment".

Mais aussitôt, dans une nouvelle pique à la direction du parti, il a ironisé sur ce PS "qui a réuni autour de Martine Aubry, Jean-Paul Huchon, Michel Rocard, dans un cafouillage intellectuel que même Guy Mollet ne savait pas incarner".

Et de déplorer une sorte de "malédiction de la gauche", qui se traduirait par un "grand écart entre les discours et les actes", dénonçant à nouveau l'actuelle direction en faisant référence aux alliances municipales de Mme Aubry à Lille: "Je fais l'accord avec le MoDem, mais je fais tout un Congrès pour dire qu'on ne veut pas d'accord avec le Modem".