Edgar Quinet, Philosophie de l'histoire de France. Postface de Jean-Michel Rey, Editions Payot, 2009, Collection Critique de la politique, 176 pages, ISBN-13 : 978-2-228-90418-6, 18 euros.

Edgar Quinet publie en 1857 ce livre Philosophie de l'histoire de France. Il s'agit pour lui de mettre en évidence les postulats sur lesquels travaillent les grands historiens du moment, quand ils entreprennent d'écrire, au milieu du XIXe siècle, une histoire de France : Augustin Thierry, Guizot, Louis Blanc, Buchez et Roux. Ce qui le frappe, c'est une convergence de vue de la part d'historiens venus d'horizons très différents, une connivence qui les pousse à se réclamer des mêmes valeurs. Tous ont pour "philosophie" une sorte de fatalisme, en considérant que l'histoire de France devait aboutir à l'état politique présent. Par un tel biais, c'est à une justification de tous les errements de cette histoire qu'ils procèdent, à une légitimation des épisodes les plus sombres de ce qui fait notre récit national. "Philosophie" à moindre frais qui est le lot de ces savants et dont Edgar Quinet montre qu'elle ressemble de très près à ce que faisaient les Pères de l'Eglise avec l'Ancien Testament. Edgar Quinet insiste également sur le fait que ces historiens mettent en oeuvre une servitude volontaire : comme si l'hypothèse de La Boétie s'était déplacée du terrain du pouvoir à celui du savoir. D'où son souhait au terme de cette critique particulièrement virulente de la discipline historique du moment : que tout homme qui pense puisse avoir "sa nuit du 4 août", c'est-à-dire renonce à ses prétentions illégitimes.

Jean-Michel Rey, dont les travaux sont au croisement de la philosophie et de la littérature, montre, dans sa postface, la place qu'occupent ces différents motifs dans l'oeuvre de ce penseur politique qu'est Edgar Quinet. Il met en relation ses analyses avec celles de Nietzsche, de Péguy, de Valéry et de Walter Benjamin, en suggérant qu'ils s'inscrivent, chacun à sa façon, dans le sillage de cette pensée. En soulignant ce qui fait la grande originalité d'Edgar Quinet : qu'il est l'analyste des ombres, des spectres et d'autres phénomènes du même ordre, notamment le "membre fantôme" ; qu'il est philologue et qu'il prête donc attention aux faits de langage, aux mots qui tiennent lieu de réalité ; que sa démarche relève plus de la généalogie que de l'histoire. Jean-Michel Rey trace ainsi le portrait d'un des philosophies les plus importants de l'époque qu'il est temps de découvrir et dont les propos peuvent nous aider à comprendre les postulats sur lesquels repose la politique présente.

La République

Edgar Quinet, La République ; Conditions de la régénération de la France, présentation de Juliette Grange, éditions Le Bord De L'eau, 2009, collection Bibliothèque républicaine dirigée par Vincent Peillon, 250 pages, ISBN : 978-2-35687-030-8, 23 € TTC.

Edgar Quinet occupe une place de premier plan parmi les fondateurs du républicanisme français. Mais au contraire de Hugo, Michelet, Auguste Comte, Jules Ferry ou Charles Renouvier, on connaît mal sa théorie politique. Comment comprendre cette idée de révolution religieuse qui semble traverser toute son œuvre, des travaux historiques aux études littéraires jusqu’aux ouvrages politiques ?
S’agit-il d’un plaidoyer pour le christianisme social, pour une forme rénovée de protestantisme, pour la Franc-Maçonnerie ? Sa conception d’une espérance spirituelle en les valeurs de justice et de solidarité est-elle un dernier avatar du romantisme ou peut-elle avoir un sens aujourd’hui ? Si elle a inspiré les lois laïques de la Troisième République, sa conception de la laïcité est surprenante et peut aider peut-être à la refondation nécessaire de cette idée force.
La République et les extraits de L’Esprit nouveau donnés ici sont les œuvres des toutes dernières années de la vie de Quinet, elles n’ont pratiquement pas été rééditées depuis. Elles permettent de mettre en perspective une bonne partie de l’œuvre immense de « l’irréconciliable », exilé pendant dix-huit ans, véritable figure tutélaire de la pensée républicaine.

Juliette Grange, agrégée de philosophie, docteur d’État, est spécialiste de la pensée française du XIXe siècle. Elle a publié, entre autres, un ouvrage de référence sur Auguste Comte (La Philosophie d’Auguste Comte ; Science, politique, religion, PUF, 1996) et un essai de philosophie politique (Idée de République, Agora pocket, 2008).