Deux rééditions majeures d'Edgar Quinet
Par A P le mercredi 27 mai 2009, 17:28 - Biblio - Lien permanent
Edgar Quinet, Philosophie de l'histoire de France. Postface
de Jean-Michel Rey, Editions Payot, 2009, Collection Critique de la politique,
176 pages, ISBN-13 : 978-2-228-90418-6, 18 euros.
Edgar Quinet publie en 1857 ce livre Philosophie de l'histoire de
France. Il s'agit pour lui de mettre en évidence les postulats sur
lesquels travaillent les grands historiens du moment, quand ils entreprennent
d'écrire, au milieu du XIXe siècle, une histoire de France : Augustin
Thierry, Guizot, Louis Blanc, Buchez et Roux. Ce qui le frappe, c'est une
convergence de vue de la part d'historiens venus d'horizons très différents,
une connivence qui les pousse à se réclamer des mêmes valeurs. Tous ont pour
"philosophie" une sorte de fatalisme, en considérant que l'histoire de France
devait aboutir à l'état politique présent. Par un tel biais, c'est à une
justification de tous les errements de cette histoire qu'ils procèdent, à une
légitimation des épisodes les plus sombres de ce qui fait notre récit national.
"Philosophie" à moindre frais qui est le lot de ces savants et dont Edgar
Quinet montre qu'elle ressemble de très près à ce que faisaient les Pères de
l'Eglise avec l'Ancien Testament. Edgar Quinet insiste également sur le fait
que ces historiens mettent en oeuvre une servitude volontaire : comme si
l'hypothèse de La Boétie s'était déplacée du terrain du pouvoir à celui du
savoir. D'où son souhait au terme de cette critique particulièrement virulente
de la discipline historique du moment : que tout homme qui pense puisse
avoir "sa nuit du 4 août", c'est-à-dire renonce à ses prétentions
illégitimes.
Jean-Michel Rey, dont les travaux sont au croisement de la
philosophie et de la littérature, montre, dans sa postface, la place
qu'occupent ces différents motifs dans l'oeuvre de ce penseur politique qu'est
Edgar Quinet. Il met en relation ses analyses avec celles de Nietzsche, de
Péguy, de Valéry et de Walter Benjamin, en suggérant qu'ils s'inscrivent,
chacun à sa façon, dans le sillage de cette pensée. En soulignant ce qui fait
la grande originalité d'Edgar Quinet : qu'il est l'analyste des ombres,
des spectres et d'autres phénomènes du même ordre, notamment le "membre
fantôme" ; qu'il est philologue et qu'il prête donc attention aux faits de
langage, aux mots qui tiennent lieu de réalité ; que sa démarche relève
plus de la généalogie que de l'histoire. Jean-Michel Rey trace ainsi le
portrait d'un des philosophies les plus importants de l'époque qu'il est temps
de découvrir et dont les propos peuvent nous aider à comprendre les postulats
sur lesquels repose la politique présente.

Edgar Quinet, La République ; Conditions de la régénération de
la France, présentation de Juliette Grange, éditions Le Bord De L'eau,
2009, collection Bibliothèque républicaine dirigée par Vincent Peillon, 250
pages, ISBN : 978-2-35687-030-8, 23 € TTC.
Edgar Quinet occupe une place de premier plan parmi les fondateurs du
républicanisme français. Mais au contraire de Hugo, Michelet, Auguste Comte,
Jules Ferry ou Charles Renouvier, on connaît mal sa théorie politique. Comment
comprendre cette idée de révolution religieuse qui semble traverser toute son
œuvre, des travaux historiques aux études littéraires jusqu’aux ouvrages
politiques ?
S’agit-il d’un plaidoyer pour le christianisme social, pour une forme rénovée
de protestantisme, pour la Franc-Maçonnerie ? Sa conception d’une
espérance spirituelle en les valeurs de justice et de solidarité est-elle un
dernier avatar du romantisme ou peut-elle avoir un sens aujourd’hui ? Si
elle a inspiré les lois laïques de la Troisième République, sa conception de la
laïcité est surprenante et peut aider peut-être à la refondation nécessaire de
cette idée force.
La République et les extraits de L’Esprit nouveau donnés ici
sont les œuvres des toutes dernières années de la vie de Quinet, elles n’ont
pratiquement pas été rééditées depuis. Elles permettent de mettre en
perspective une bonne partie de l’œuvre immense de « l’irréconciliable »,
exilé pendant dix-huit ans, véritable figure tutélaire de la pensée
républicaine.
Juliette Grange, agrégée de philosophie, docteur d’État, est
spécialiste de la pensée française du XIXe siècle. Elle a publié, entre autres,
un ouvrage de référence sur Auguste Comte (La Philosophie d’Auguste
Comte ; Science, politique, religion, PUF, 1996) et un essai de
philosophie politique (Idée de République, Agora pocket, 2008).




Commentaires
Connaît-on mieux la théorie politique d'Auguste Comte que celle d'Edgar Quinet ? Cela me semble douteux. Certes Juliette Grange a publié sur Comte d'excellents ouvrages. Mais les oeuvres majeures du philosophe positif sont toujours aussi peu lues. A tire d'exemple, la dernière édition du "Système de politique positive, ou Traité de sociologie instituant la religion de l'Humanité" -- son "principal ouvrage" -- date des années 1920 et n'était toujours pas épuisée il y a quelques années... Et essayez un peu de le trouver d'occasion ! La seule bonne nouvelle est qu'il est en cours de traduction en allemand...