Parce que tout mon engagement politique et citoyen est fondé d’abord sur les valeurs de la République, de la raison et de l’antifascisme, j’ai décidé de ne pas participer au débat d’indignité nationale organisé ce soir sur France 2 et d’attirer solennellement l’attention de mes compatriotes sur les graves dérives que subit notre démocratie.

Depuis plusieurs semaines, l’ensemble de l’opposition démocratique mais aussi de nombreuses personnalités de la droite républicaine, à commencer par trois anciens Premiers Ministres, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin ont dénoncé les conditions dans lesquelles le Ministre de l’immigration et de l’identité nationale, Eric Besson, a lancé un débat sur l’identité nationale.

Ce débat a provoqué et provoque encore des dérapages xénophobes, racistes, islamophobes qui font honte à la France, dressent les français les uns contre les autres et remettent le Front National et ses thèses de haine au coeur de notre vie politique.

De nombreuses études d’opinion ont aussi montré que dans leur majorité les françaises et les français, qui ont beaucoup d’autres sujets de préoccupation, l’emploi, le logement, le pouvoir d’achat, l’éducation, ne s’intéressent pas à ce débat.

Malgré cela, la direction de France 2 et Arlette Chabot n’ont pas trouvé mieux, en cette rentrée 2010, que de consacrer la seule émission politique de début de soirée à Eric Besson et de le faire dialoguer avec Marine Le Pen, prenant ainsi en otage le service public et les personnels qui y travaillent.

C’est indigne et c’est inacceptable.

Jamais une telle dérive ne s’était produite. Elle atteint gravement aux valeurs de la France et aux principes qui doivent commander aux missions de service public comme à la responsabilité du métier de journaliste.

Pour habiller le tout, on m’a demandé, en tant que responsable socialiste, de venir cautionner cet exercice d’abaissement national en voulant bien jouer les idiots utiles en deuxième partie de soirée. Et, comme on pouvait s’y attendre, on s’est déjà d’ailleurs copieusement servi de ma présence annoncée pour adresser une fin de non recevoir à des journalistes de France Télévision qui, pourtant avec raison, avaient demandé la déprogrammation de ce débat.

C’est bien mal me connaître, et bien mal connaître les socialistes, que de penser que je pouvais accepter de me prêter à une telle comédie et servir ainsi de caution républicaine à un débat et à des personnalités qui tournent le dos aux valeurs que partagent heureusement encore la grande majorité des français.

Ainsi les masques tombent, la chaise est vide et la réalité apparaît dans sa crudité.

Que monsieur Besson, Madame Le Pen et Madame Chabot restent entre eux et que chacun mesure ainsi ce qui se passe aujourd’hui dans notre pays et la façon dont certains veulent, à travers les médias, dévoyer le débat démocratique et nous entraîner sur une pente de haine et de division où nous refusons d’aller.

Quant à nous, même si nous allons être la cible d’intérêts puissants et de forces sans scrupule, nous n’avons pas le choix: nous devons résister.

C’est pourquoi j’appelle solennellement tous les démocrates à refuser ces dérives qui déshonorent notre pays.

C’est pourquoi je demande la démission de madame Arlette Chabot et des dirigeants de France 2 qui ont autorisé cette opération. Ils ne sont pas les propriétaires du service public, qui appartient à tous les français, et ils ne méritent pas de le servir.

Enfin, j’adresse mes sentiments fraternels et républicains à toutes celles et tous ceux qui partagent avec moi une autre idée de la France et, en particulier, un message de solidarité aux personnels du service public de l’audiovisuel victimes de cette abjection et atteints ce soir dans leur honneur.

Source : Le Rassemblement

Débat sur France 2 : Martine Aubry "soutient pleinement" Vincent Peillon
NOUVELOBS.COM | 15.01.2010
La première secrétaire du Parti socialiste a reconnu avoir été informée de la décision de l'eurodéputé de ne pas débattre avec le ministre de l'Immigration.

La première secrétaire du Parti socialiste Martine Aubry a déclaré vendredi 15 janvier qu'elle soutenait "pleinement" la décision de l'eurodéputé Vincent Peillon PS de ne pas participer au débat sur l'identité nationale sur France2 jeudi soir, reconnaissant qu'elle en avait été informée. "Il m'a prévenu de sa décision et je la soutiens pleinement", a déclaré la maire de Lille à des journalistes, en marge de ses vœux à la presse régionale. Vincent Peillon a refusé in extremis jeudi soir de participer à l'émission de France 2 "A vous de juger" sur l'identité nationale, alors qu'il devait intervenir après un débat entre le ministre de l'Immigration Eric Besson et la vice-présidente du Front national, Marine Le Pen. Selon Martine Aubry, "Vincent Peillon souhaitait pouvoir dire ce qu'est vraiment l'identité nationale pour nous, c'est à dire l'égalité (...) la France des droits de l'Homme (...) et puis il a découvert que ce débat avait d'abord lieu entre Eric Besson et Marine Le Pen et qu'il était relégué en deuxième partie. Et il s'est bien rendu compte que ce débat allait du coup porter essentiellement sur l'immigration". "On ne peut pas l'inviter à un débat et ensuite le reléguer après une mise en scène d'un ministre qu'on veut essayer de réhabiliter par rapport au Front national. Ce n'est pas digne d'une télévision publique", a-t-elle ajouté.

"Nous nous inquiétons pour le service public"

"Dans cette période, avant les régionales, ce n'est pas un hasard si on veut nous faire parler de l'immigration comme un bouc émissaire des échecs, au lieu de parler des échecs de Nicolas Sarkozy", a-t-elle souligné. "Nous voulons parler de ce qui intéresse les Français, c'est la raison pour laquelle nous n'acceptons pas d'être la caution de cela et nous nous inquiétons pour le service public de la télévision", a-t-elle martelé. Martine Aubry s'est en revanche dissociée de l'appel à la démission d'Arlette Chabot lancé jeudi soir par Vincent Peillon. "Je pense que c'est le coup de la colère qui l'a amené à réagir ainsi, considérant qu'on l'avait piégé, qu'on ne lui avait pas dit la vérité", a-t-elle estimé. "Je n'ai jamais demandé le départ, ni une sanction contre aucun journaliste", a-t-elle ajouté.

"Télé-poubelle"

D'autres soutiens sont venus de la gauche, tel Patrick Mennucci, qui fait partie du même courant que Vincent Peillon au PS, et qui l'a "félicité" pour son attitude, "un acte politique de résistance à l'abaissement de la République par des politiciens prêts à tout pour conforter leur pouvoir". Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de gauche, a pour sa part qualifié de "télé-poubelle" l'émission de France 2 , le PCF déplorant "deux heures de publicité indigne et indécente aux thèses de la haine". Il n'est "jamais trop tard pour refuser de se laisser prendre dans un guet-apens", a-t-il dit à l'AFP, approuvant le faux bond du socialiste Vincent Peillon. "Le débat qui a eu lieu hier soir sur France 2 entre Marine Le Pen (FN) et Eric Besson a offert deux heures de publicité indigne et indécente aux thèses de la haine et au pseudo-débat sur l'identité nationale", a pour sa part réagi dans un communiqué Pierre Laurent, numéro deux du PCF. "Les polémiques de dernière minute sur l'échec de la présence-caution de Vincent Peillon ne peuvent faire oublier le véritable scandale de cette soirée: la parole une fois de plus donnée à une heure de grande écoute sur la principale chaîne du service public à des thèses qui ne servent qu'à diviser les Françaises et les Français", estime-t-il. L'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin a en revanche estimé que "si on a accepté de participer à une émission on a le devoir d'y aller", à moins que les règles aient été modifiées.

Un faux bon prémédité

Vincent Peillon a peu avant déclaré que son faux bond n'avait pas été décidé au dernier moment, mais préparé "depuis longtemps" pour "faire un incident". "J'avais pris ma décision depuis plusieurs jours. C'était préparé avec quelques-uns. Je voulais qu'il y ait un incident. Il fallait que ça fasse un peu scandale", a déclaré Vincent Peillon au site internet Rue89. "Je crois que si on n'attire pas fortement l'attention sur les choses, les choses ne se font pas. Si j'avais annoncé plus tôt ma décision que j'avais prise depuis longtemps, alors on aurait peut-être trouvé un remplaçant, il y en a toujours un pour venir à la télévision, et on aurait refait l'émission autrement", a aussi dit Vincent Peillon sur RMC. "Donc je pense qu'il fallait procéder comme ça et je n'y ai pas réfléchi seul, il y a des moments où il faut trouver des moyens de se faire entendre et des moyens d'entrer en résistance, je pense qu'on en est là", a-t-il ajouté.

"Eric Besson est en train de nous faire une catastrophe"

"Si on ne comprend pas qu'il faut à un moment résister et se faire entendre fortement tant pis. Moi je suis en cohérence totale avec mes valeurs", a assuré le responsable PS sur la radio. "Je ne voulais pas qu'ils se rabattent sur un autre socialiste. La France doit s'arrêter de s'enfoncer dans la terreur. Eric Besson est en train de nous faire une catastrophe", a aussi affirmé l'eurodéputé à Rue89. Jeudi soir, alors que l'émission "A vous de juger" centrée sur Eric Besson était en cours, Vincent Peillon avait fait savoir dans un communiqué à l'AFP qu'il ne s'y rendrait pas comme prévu pour débattre avec le ministre de l'Immigration, après la vice-présidente du FN Marine Le Pen. Dénonçant une "dérive indigne et inacceptable" dans l'organisation de cette émission il avait notamment demandé le départ de son animatrice Arlette Chabot, ainsi que de la directrice générale adjointe de France 2 et des "dirigeants" de la chaîne qui "ont autorisé cette opération".