Deux lectures indispensables

1 / Lucien Jaume, Qu'est-ce que l'esprit européen ?, Paris, Flammarion (Champs/Essais), janv. 2010, 171 p., EAN:9782081232570 Présentation éditeur : Essai sur l'histoire de la contruction de la théorie européenne de la liberté. Avec un choix de textes de Locke, Bossuet, Adam Smith, etc. Sait-on encore ce qui fonde l'Europe ? Quel ordre juridique et constitutionnelles peuples européens peuvent-ils et doivent-ils adopter ? Quelle éducation doit être proposée pour perpétuer la civilisation dont nous sommes issus ? C'est à ces questions que Lucien Jaume répond en menant une enquête sur la nature de l'esprit européen. Ni «identité» ni «conscience» européenne, ce dernier est bien plutôt un héritage intellectuel, artistique, spirituel et scientifique, ainsi qu'une attitude de l'esprit vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis de la société. On peut parler d'un «sens commun» qui, depuis la Renaissance, a nourri et façonné nos nations aujourd'hui membres de l'Union. Entre la règle et le marché, mais aussi à travers la puissance (ambivalente) de l'opinion, l'esprit européen s'exprime par les création de la liberté qui se soumet aux règles et aux normes. Depuis Bossuet et Pierre Nicole, en passant par Locke et Adam Smith, pour arriver, grâce à Tocqueville, à notre démocratie d'opinion, cet ouvrage invite chacun à se remémorer le lien original que l'Europe a forgé entre l'individu et la communauté. Un recueil de textes de Locke, Bossuet, Nicole, Adam Smith, Tocqueville et Bachelard prolonge cet essai.

Auteur : Directeur de recherche au CNRS, membre du Centre de recherches politiques de Science Po (le CEVIPOF), Lucien Jaume enseigne la philosophie politique à Sciences Po Paris. Spécialiste du libéralisme, il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont L'individu effacé ou le Paradoxe du libéralisme français (Fayard, 1997) et Tocqueville: les sources aristocratiques de la liberté (Fayard, 2008; prix Guizot de l'Académie française).

2 / Alain Supiot, L' Esprit de Philadelphie ; la justice sociale face au marché total, Seuil, 2010 EAN13 : 9782020991032

L'Esprit de Philadelphie ; La justice sociale face au marché total, par Alain Supiot, l'antidote au projet Kessler-MEDEF-Sarkozy ("Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance (...) Il est grand temps de réformer, et le gouvernement s'y emploie (...) La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception (...) Il s'agit aujourd'hui de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance." / "Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde !", Challenges, 4 octobre 2007)

Malgré la guerre, deux Conférences générales des Etats membres de l'Organisation internationale du travail (OIT) ont pu être menées à bien. La première, une conférence spéciale sans pouvoirs ordinaires, s'est tenue à New York et Washington DC en 1941. La seconde, la 26e session de la Conférence internationale du Travail, fut organisée à Philadelphie, en Pennsylvanie, au printemps 1944, lors de laquelle l'OIT a réaffirmé ses principes fondateurs dans la Déclaration de Philadelphie: elle souligne que le travail n'est pas un bien matériel, que la liberté syndicale est indispensable au progrès durable, et que la pauvreté, où qu'elle existe, constitue une menace pour la prospérité de tous. Ces principes devant être assurés par le plein emploi, la formation professionnelle, des rémunérations justes, la négociation collective, la sécurité sociale, des mesures favorisant la santé professionnelle et la protection maternelle.

Les propagandes visant à faire passer le cours pris par la globalisation économique pour un fait de nature, s’imposant sans discussion possible à l’humanité entière, semblent avoir recouvert jusqu’au souvenir des leçons sociales qui avaient été tirées de l’expérience des deux guerres mondiales. La foi dans l’infaillibilité des marchés a remplacé la volonté de faire régner un peu de justice dans la production et la répartition des richesses à l’échelle du monde, condamnant à la paupérisation, la migration, l’exclusion ou la violence la foule immense des perdants du nouvel ordre économique mondial. La faillite actuelle de ce système incite à remettre à jour l’œuvre normative de la fin de la guerre, que la dogmatique ultralibérale s’est employée à faire disparaître. Ce livre invite à renouer avec l’esprit de la Déclaration de Philadelphie de 1944, pour dissiper le mirage du Marché total et tracer les voies nouvelles de la Justice sociale.

Alain Supiot est actuellement directeur de l’Institut d’Études Avancées de Nantes. Professeur de droit, il est membre de l’Institut Universitaire de France.